Pierre Caron

Trois-Saumons. Un hameau d’une quinzaine de fermes, entre les pâturages et une grève de plusieurs kilomètres en glaise avant d’atteindre le fleuve. La noirceur compacte des soirs d’automne et des hivers à n’en plus finir alternant avec des printemps d’oies blanches et des étés de lumière luxuriante.

Inconsciemment, je savais que je n’étais pas de ce pays, mais, enfant, je ne pouvais rêver d’ailleurs que je ne connaissais pas.

Alors, l’évasion : la lecture.

J’ai ainsi connu Victor Hugo (à 8 ans) avant Tintin (à 11 ans) et j’ai vite eu l’esprit malade de lectures.

Si la vie m’ennuyait, je débordais cependant d’activités intérieures et mon plaisir de lire allait grandissant. Il me maintenait dans un état d’attente me rendant toute autre chose provisoire et sans saveur.

Mais les personnages de romans n’étaient pas mes héros : les auteurs l’étaient.

Et j’ai souhaité en devenir un.

À 15 ans, j’ai gagné un concours de jeunes auteurs. Alors, j’y ai cru et j’ai décidé de vivre en écrivant, pas autrement.

La vie a ses exigences cependant et il m’a fallu la gagner. Autrement.

Après 18 ans de manuscrits refusés au cours desquelles ma plume s’est forgée, j’ai publié un premier récit (Quatre mille heures d’agonie) chez Québec-Amérique. Ensuite un roman (La vraie vie de Tina Louise) chez Libre expression.

Un jour de chance un éditeur parisien l’a lu et m’en a demandé un autre pour ses lecteurs français. Je lui ai apporté Québec/Québec dont je terminais l’écriture.

Il m’a dit de mettre davantage de chair autour des os. Un an plus tard mon manuscrit avait triplé d’épaisseur. Il était devenu Vadeboncoeur et se vendit à 124 000 exemplaires.

Depuis, j’ai publié 20 autres ouvrages dont celui de mon amitié et de ma correspondance avec le plus grand romancier du 20e siècle, Georges Simenon (Mon ami Simenon) et une trilogie historique (La naissance d’une nation) vendue à plus de 280 milles exemplaires (et incluant Vadeboncoeur devenu Thérèse).

Depuis ces dernières années, je me consacre exclusivement à l’écriture et prodiguer mes conseils aux éditeurs.