Dany Laferrière, notre ami à l’Académie Française

Notre dernière rencontre eut lieu au Salon du Livre de Montréal. On s’est croisé sans préméditation comme souvent il nous arrive dans les différentes fêtes du livre ici ou ailleurs.

Je ne me souviens pas exactement de la teneur de notre conversation, seulement qu’à un moment il m’a dit : …mais Pierre, depuis le temps que nous sommes amis.

Si je rapporte ces mots, ce n’est pas pour me flatter d’une amitié à laquelle l’élection de Dany Laferrière donne aujourd’hui une dimension de relation prestigieuse, car ce serait là trahir le personnage.

En effet, Dany est l’ami de tous. Affable et sans fausse modestie, il est de ces rares individus qui n’ont de cesse d’être aimable. Il vous écoute sans afficher un visage réfléchi de quelqu’un qui aurait toujours raison et son regard demeure attentif sans jamais se durcir. Cet entregent qui est le sien en fait quelqu’un de rare et de très particulier, aussi particulier que son écriture. Car Dany n’écrit pas des romans, des poèmes, des récits ou des nouvelles, comme les autres écrivains : Dany écrit du Dany Laferrière. Bien sûr, il lui arrive de choisir une forme que lui-même a déjà qualifiée romanesque pour certains de ses ouvrages, mais j’aime à croire que le fond de sa pensée est dans ce trait à propos de son ouvrage « L’art presque perdu de ne rien faire » : (…) ce livre est une biographie de mes idées.

Biographie et non « essai » ou « journal personnel ». C’est que notre ami avance dans la vie en analysant le monde dans lequel nous visons et, à coup de réflexions, parvient à des conclusions qu’il en tire pour aller plus avant. C’est ainsi qu’il grandit, qu’il s’assagit, qu’il murît. Qu’il vit.

Et ne tentez pas de le faire dévier de cette trajectoire exclusive. J’en ai pour preuve qu’il y a quelques années un éditeur me confia le mandat de convaincre Dany d’écrire une saga haïtienne. À la clef, 50,000.00 dollars que lui aurait été remis en signant le contrat.

J’ai alors eu la nette impression que la proposition ne l’intéressait pas davantage que la dernière averse tombée et pour ne pas m’éconduire comme peut-être je l’aurais mérité, il s’enquit de ce que j’écrivais et nous avons ainsi plutôt parlé métier…

Dans un courriel d’il y a quelques mois, d’une autre manière encore il m’affirma combien l’écrivain devait être lui-même dans ce qu’il a de plus près de sa nature, son écriture. Un écrivain ne produit pas des livres, il les écrit.

Aussi  croyez-moi, l’Académie française vient d’élire un authentique écrivain.

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