MICHEL PEYRAMAURE, UN JEUNE AUTEUR DE 90 ANS

Lorsqu’on se promène dans Brive-la-Gaillarde dont il est le citoyen phare et choyé, il prend plaisir à me devancer. De son pas souple, athlétique même pourrait-on dire, il aime marquer ainsi son immuable jeunesse du haut de ses 92 ans. Il insiste : se tournant vers moi, il me demande pour la nième fois :

-Quel âge as-tu, déjà?

-68 ans…

-Mais…tu es encore un galopin!

Et de conclure, sentencieux en même temps que moqueur :

-Eh ben! Pour un galopin, tu ne galopes pas fort!

Michel Peyramaure est l’auteur de plus de cent livres. Jusqu’à ces dernières années, il en écrivait cinq par année, maintenant c’est trois. Des ouvrages épais, fouillés, qui composent une immense fresque aux accents de l’histoire de France par les voix du roman.

Grands prix de  la littérature des gens de Lettres et celui Alexandre Dumas pour l’ensemble de son œuvre, il écrit dans la veine des écrivains riches d’une langue ciselée en orfèvrerie qu’il sait renouveler pour en porter la qualité plus haute encore.

Il a été adapté au cinéma, à la télé et il n’est pas dit qu’il ne le sera pas maintenant au théâtre, rumeur insistante qui court chez les metteurs en scène.

Paris lui a ouvert les bras dès ses débuts, mais il embrasse trop fermement sa bonne vieille ville de Brive pour s’en dénouer.

Il est un des auteurs qui ont fondé ce que la littérature qualifie d’École de Brive, ce mouvement littéraire réaliste de la ruralité qui fit les beaux jours des éditions Robert Laffont dans les années 70.

Je lui dois notre amitié, car c’est lui qui, après une première rencontre autour du micro de France-Inter, me convia chez lui. Il me fallu quatre ans avant d’y venir et depuis je le visite au moins une fois l’an et communique avec lui presque qu’hebdomadairement.

Mes moments forts en sa compagnie  sont ceux où j’écris dans son bureau alors qu’il fait de même dans un silence partagé. Ce qu’il m’a été donné de vivre ces jours derniers, reclus de la pluie et de la grisaille qui plombait la France depuis des jours et des jours.

J’ai appris de lui qu’écrire est une mission à laquelle on n’a pas le droit de faillir lorsque la vocation s’impose. Surtout, par l’exemple il m’a enseigné  et que la vieillesse n’existe que chez les vieilles personnes qui choisissent  d’y croire.

Nous avons fêté ensemble ses 92 ans dans un restaurant situé au pied d’une rue pentue de Brive qu’il a fallu ensuite remonter à pied. Après cette escalade, j’avais le souffle court, mais pas lui qui m’attendait narquois en haut de la pente…

 

 

 

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