New-York impressionniste.

TIME SQUARE
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Délire et fureur publicitaire. Les réclames dégoulinent de partout. Des chiffres: 1.5 million de touristes par jour et il en coûte entre un et quatre millions de dollars annuellement pour s’y annoncer. Un père Noel tout maigre s’est trompé de fête. Une petite fille délicate comme un oiseau s’est endormie, ses ailes ceignant le cou de sa maman. Un vieux couple se bécote et un jeune, se chipote. Adèle. Une foule à marée haute piaffe, piétine, fait la queue aux guichets des cinémas, des théâtres, des restaurants. Une odeur insinuante, persistante, de fast-food. Un immense personnage en néon me regarde et ne me voit pas. C’est comme un dimanche, les New-Yorkais sont tout proprets de leur personne. Le plumage des femmes a des airs de printemps tant elles sont pimpantes. Les magasins sont fermés (jour férié) et leurs vitrines éteintes semblent le regretter. Adèle. Deux jeunes femmes portent exactement au même moment leur cellulaire à l’oreille: un appel conférence? Il se prend tant et tant de photos qu’à la fin de la journée la place aura perdu son âme. Un Français me demande pourquoi elle se nomme le Temps carré (Time square) : je lui dis que tout le monde se pose la même question : ma réponse le satisfait. Adèle. Chez Tony’s, restaurant qui a ma prédilection, un passeport ne sert à rien, c’est une réservation qu’il faut.. Puisque je parle français, on me demande si je viens de Paris. Oui, je dis, et on me donne une table (vous le saviez, vous, que c’était ça le mot de passe?). Près de moi, un homme bien mis commande un dry martini et ce n’est pas James Bond. Avec lui, une femme d’allure fantasmagorique désire une coupe de champagne rosé et ce n’est pas Lady Gaga. Quelqu’un crie, Monica? Tout le monde se tourne, personne ne vient. Un jeune homme a sorti sa grand-mère qui n’arrête pas de maugréer: mutique, il sourit béatement. Et voilà Monica ! Timide elle attendait qu’on cesse de la chercher du regard. Comme un enfant, parce que c’est le Thanks Giving, je commande un sunday. Quand on me l’apporte, il est si grand et si beau que j’ai honte. Quand je sors, Adèle est encore omniprésente, elle sourit, elle chante, elle vend son dernier CD sur toutes les surfaces où il demeurait de l’espace oublié par les commanditaires qui habillent les buildings jusqu’au ciel. Plus terre à terre, une modeste enseigne rappelle qu’il est interdit de fumer sur cette place. Et je quitte les lieux la tête tout illuminée de lumières dansantes et le corps tout entravé par la multitude que je remonte à contrecourant. La bouche de métro de la 42e avenue est pleine à s’étouffer, alors je rentre à pied.

WASHINGTON SQUARE
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À l’entrée, deux policiers débonnaires se racontent des blagues, armés de pieds en cap. Deux chiens, des chiens doux, se taisent. Une jeune femme vêtue d’un manteau rouge sur les épaules duquel tombent ses cheveux, semble soucieuse et fait et refait le tour du bassin vide. Le banc de bois sur lequel je suis assis est froid comme un banc de neige. Les gens, à qui je m’informe, sont gentils. Tous. Autour de moi, presque chacun est capté par son iPhone et pianote à qui mieux mieux sans regarder devant soi. J’entends les cris joyeux d’enfants que je ne vois pas. Je crois reconnaître quelques façades de l’université de New York. Les facéties d’un clown ne font rire personne. L’humidité m’incommode jusqu’aux os. Un vieux beau fait du charme à une jeune orientale. Une courageuse dame âgée effectue sa promenade courbée sur sa marchette. Elle me sourit. Deux joggeurs s’essoufflent. Un petit garçon s’exerce sur une planche à roulettes. À ses côtés, son père, dans la jeune trentaine, l’instruit. Une sorte de vedette de cinéma, richement habillée, tous ses cheveux, toutes ses dents, le visage poseur, à l’esprit ailleurs. Je pense à Harry rencontre Sally dans le film du même nom : c’était ici. Deux jeunes Montréalaises montent leur kiosque autour duquel elles vendront des arbres de Noël qu’on leur a déjà livrés. Assise près de moi, une étudiante, son cartable sur les genoux, me demande : vous écrivez? Non, je lui réponds, je prends des notes. Le jour baisse, le nombre de flâneurs augmente. Quelqu’un cherche visiblement quelqu’un qu’il ne trouve pas. L’Arc (1895) qui encadre l’entrée jaune de soleil cet après-midi est maintenant blanc pâle dans les premières lueurs du soir. On a oublié qu’il célèbre Georges Washington et qu’il fut rénovée entre 2007 et 2009 au coût de 2,700 millions. Il est six heures que déjà des joueurs d’échecs prennent place devant les damiers permanents pour oublier leur stress de la journée. Et je me demande si je trouverai une papeterie ouverte, car mon cahier est plein.

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