Qu’est Saint-Germain-des-Près devenu?

Lors de mes premiers séjours à Paris – c’était il y a trente ans -, j’y cherchais la littérature. Et je l’ai trouvée, à Saint-Germain-des-Près.

Ce quartier du 6e arrondissement, qui longe la Seine et s’étend atour de l’Institue de France, ou loge l’Académie, était le pays des éditeurs qui ont fait la réputation internationale de l’édition française.

Les cafés et les bistrots bourdonnaient d’écrivains en herbe, en verve ou  en train d’écrire les ouvrages qu’aujourd’hui encore on célèbre.

Bernard Henri Lévy se tenait dans un café de la rue de Grenelle dont il avait fait son bureau lorsqu’il n’occupait pas celui qui lui était alloué aux Éditions Grasset ; Angelo Rénaldi, alors le critique si sévère de l’Express (aujourd’hui membre de l’Académie) avait sa table au Récamier, restaurant fameux de la Place Saint-Sulpice ; Jacques Laurent m’attendait en fin d’après-midi au bar du Lutécia avant que je rejoigne mon épouse, Christiane, au café de Flore où elle prenait le thé avec Lucien Bodard qui venait de recevoir le prix Goncour pour son roman ‘Anne-Marie’ et Simone de Beauvoir fréquentait le bistrot La Palette, rue de Seine, où  je la vis un jour sans oser l’approcher, ce que je me reprocherai toujours.

Les éditions Laffont avaient alors pignon sur rue aussi Place Saint-Sulpice où je rendais visite à un ami, Charles Ronsac, pilier de la maison. J’avais fait l’erreur de lui refuser un de mes manuscrits, que publièrent plutôt les Éditions Acropoles, autre regret qui ne me quitte pas. Quant même, quelque  temps plus tard, ‘Vadeboncoeur’ était en vitrine à la Une, librairie sise face au 42 Bonaparte où habitait Jean-Paul Sartre, et Pierre Quet, dont l’agence indépendante donnait au plus exact les chiffres de vente des livres en librairie, m’apprenait que mon roman s’était vendu à 124 milles exemplaires.

J’avais décroché la lune.

Hèlas! c’était hier. Aujourd’hui la très grande majorité des éditeurs ont déserté Saint-Germain pour occuper des locaux moins onéreux en lisière de Paris et les écrivains ce sont dispersés.

Comme Guy Béard avait raison, lui qui chantait : Il n’y a plus d’après à Saint-Germain-des-Près…  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En début de cette année, dans un bistrot ou je n’était venu depuis 30 ans, un dimanche ou il avait plu et que les couleurs cendres du ciel annonçaient qu’il pleuvrait encore, je me suis assis aux côtés d’une dame âgée. Les tables se chevauchant presque et les chaises se touchant, j’étais presque tout contre.

Ses yeux. Ce ne pouvait être que ses yeux, car elle avait atteint cet âge respectable qui n’est plus celui désirable. Et je ne sais comment on en est arrivé là mais j’appris bientôt qu’elle était veuve du poète Peter Seigers (1).

De là nous sommes remonté à Saint-Germain au temps que je racontais ci-haut. Comme moi, elle se souvenait d’Antoine Blondin qui parcourait les étals de la librairie au sous sol du Drug Store Publicis, qui jouxtait la Brasserai Lipp, pour voir si ces romans se vendaient; d’Henri Troya qui arpentait lesQuais Malaquais la tête pleine de ses œuvres :

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