Qui a peur de Camus?

Il est né il y a un siècle cette année, un 7 novembre comme moi.

Il y a quarante ans plus une bonne vingtaine d’années j’étais admirateur inconditionnel de Sartre et de son égérie, Simone de Beauvoir. Cette dernière devait d’ailleurs – et elle l’est demeurée – devenir un de mes auteurs préférés. J’aime sa phrase, son propos et l’univers des cafés parisiensoù elle écrivait à plus souffle, cafés que j’ai fréquentés dans mes nombreuses pérégrinations à Paris pendant mes années »existentialistes ».

Lorsqu’on s’identifiait, comme moi, à ces deux là, on ne s’intéressait pas à Malraux ou à Camus. La rupture entre le philosophe français et l’algérien qui n’avait même paspassé son agrégation avait dressé deux camps qui ne secôtoyaient pas.

Aussi, étant émule du premier je ne fréquentais pas le deuxième.

Jusqu’à ce que…

C’était il y a environ six ou sept ans. Je séjournais chez des gens qui ne possédaient pas de livres : la dèche ! Mais voilà que dans la chambre qui m’avait été assignée, surprise! j’ai aperçu un volume sur la commode.  C’était Le premier homme, de Camus.

Tant qu’à faire, et n’ayant rien d’autre à me mettre sous les yeux, je l’ai lu.

Totale révélation. L’écrivain que je croyais lourd, inaccessible, fourbi d’araignées dans la tête, a une plume coulante qui nous parle comme si nous étions intelligents. J’ai dévoré sa dernière œuvre (dont on avait découvert le manuscrit dans la voiture accidentée où il a trouvé la mort) comme un lecteur gourmand au sortir de plusieurs mois de famine.

Depuis, comme il en est toujours pour un auteur que je découvre avec délectation, je ne cesse de le lire et de le relire, de dévorer tout document dont il est le sujet et j’en suis à sa troisième biographie.

Pourquoi ? Parce que Camus donne des réponses satisfaisantes aux grandes questions de l’existence. Parce qu’il refuse le dicta des raisonnements intellectuels dont se gaussent ceux qui se mêlent de parler pour les autres. Une de ses positions l’illustre bien. Il s’agit de sa dénonciation des auteurs se permettant d’endosser la personne des taiseux, ceux qui ne parlent ni ne s’expriment sur leurs conditions. Ainsi Victor Hugo, dans Les Misérables, qui se met dans la peau de pauvres ères lui qui n’en fut jamais. Il qualifie un tel exercice d’imposture honteuse.

Qui a peur de Camus ?  Ceux qui fuient la réflexion et croient –sans l’avoir lu… qu’il est un écrivain pessimiste et ténébreux, un intellectuel inatteignable qui ne s’adressent qu’aux rats de philosophie et aux penseurs abstraits.

Il m’arrive de le lire au déjeuner au lieu des éditorialistes d’un grand quotidien et mon raisonnement s’en trouve aiguisé pour la journée.

C’est la grâce que je vous souhaite et qui vous touchera en lisant Camus.

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