Un souvenir est une émotion

Un souvenir est une émotion

la douceur de vivre 2

Si nous demeurions imbibés de nos souvenirs délestés des tracas qui ont pu les accompagner et que nous avons assumés, qui sait si nous ne vieillirions pas plus heureux ? Ou tout au moins, si nous n’éviterions pas de devenir gâteux?

Car ce qui importe de nos souvenirs, c’est qu’ils sont exclusivement des sensations s’étant durablement logées dans notre mémoire.

Rien n’est plus banal et commun qu’une belle journée d’été ou une bourrasque d’hiver. Nos souvenirs sont ainsi faits de journées anodines, mais marquées d’une émotion particulière tels la panique, la surprise, un chagrin soudain, une peur violente, un désir insatisfait, une grande perte, un émerveillement qu’elle a mis en relief.

Écoutez les gens se souvenir. Ils vous diront quel jour c’était, le temps qu’il faisait, où ils se trouvaient, à quoi ils s’occupaient quand s’est produite telle catastrophe. Ainsi je me souviens que le 22 novembre l963 alors que j’allais descendre d’un autobus circulant sur le chemin Sainte-Foy à Québec, à la hauteur de l’hôpital Saint-Sacrement j’ai appris (comment, je ne sais plus trop) la mort du président Kennedy. J’ai oublié tout de cette journée sauf exactement où j’étais sous le choc de cette nouvelle.

C’est l’évènement de cet assassinat qui a fixé dans ma mémoire une journée autrement comme les autres d’il y a 54 ans déjà.

Ainsi La recherche du temps perdu de Marcel Proust, et de son aveu même, n’est pas celle d’évènements oubliés, mais une plongée dans les états d’âme qui les ont accompagnés. Et il avait précédemment affirmé, dans Les plaisirs et les jours, que se souvenir permet au grand âge, lorsqu’on n’a plus de responsabilités, d’agendas et d’horaires à respecter, de goûter la douceur de vivre.

Bien sûr encore est-il qu’on doit effectuer un choix et ne revenir que sur les beaux moments débarrassés de leurs contraintes incidentes.

Ainsi, moi qui ai beaucoup voyagé je n’aspire plus à retourner, entre autres, à Paris ou Barcelone. Je me berce au souvenir de mes séjours en ces villes superbes plutôt que d’anticiper les nombreux tracas d’un voyage cumulant les longues attentes en aéroport, la circulation infernale des déplacements urbains, les métros bondés, les foules en tous lieux d’intérêt et tous les imprévus qui, à l’étranger, nous font gaspiller temps et argent.

Oui, il est doux de se souvenir des joies anciennes pour alimenter nos petits bonheurs d’aujourd’hui.

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